Hyperactivité : enfant « agité » ou enfant-symptôme ?

Au cours de mes dernières années d’enseignement, je n’ai pu que constater la montée en flèche de diagnostics d’enfants déclarés hyperactifs et j’avoue que cela m’a réellement interpellée. Au début de ma carrière, je ne me souviens pas avoir été confrontée à cette problématique devenue récurrente.

Pourtant j’ai enseigné dans des quartiers particulièrement difficiles et en changeant d’école à peu près tous les deux ans, j’ai quand même diversifié mon expérience professionnelle. J’ai enseigné dans tous les niveaux de classe et des enfants dits « agités » j’en ai rencontrés tant et plus. Mais à aucun moment l’idée ne venait alors, de poser un diagnostic médical sur ce type de comportement.

Curieuse de nature, je suis allée consulter le site TDAH-France pour essayer d’en apprendre un peu plus sur ce qui semble être aujourd’hui une pathologie… Dans la rubrique « Description du Trouble Déficit de l’Attention / Hyperactivité », voici ce que je lis :

« Les enfants présentant un TDAH sont des enfants qui ont besoin de toucher à tout, qui font du bruit, qui jouent toujours avec quelque chose dans les mains, qui sont incapables d’attendre leur tour, qui oublient et perdent leurs affaires… »

Mazette ! Je crois que si ça avait existé à mon époque, j’aurais été d’entrée diagnostiquée en hyperactivité moi aussi…. Pour avoir fait des colères mémorables, m’être échappée de l’école à 3 ans le premier jour de classe, m’être battue en classe de sixième avec une élève qui « m’énervait », avoir claqué la porte de mon cours de Français en quatrième face à l’injustice d’une enseignante et j’en passe…j’aurais pu facilement être diagnostiquée. Je continue :

« Ils sont tantôt de bonne humeur, tantôt de mauvaise humeur sans que l’on sache pourquoi. Ils réagissent très vivement aux évènements qui les entourent avec bien souvent des réactions inappropriées et démesurées par rapport à la situation. »

Ok, ils ont peut-être une hyperémotivité qui entraîne ce type de réactions a priori démesurées par rapport au commun des mortels… Mais pour me prendre à nouveau en exemple, je me rappelle très bien à quel point j’ai pu ressentir, lorsque j’étais enfant, une sourde colère intérieure, qui s’exprimait de temps en temps de manière particulièrement virulente…

« Ces enfants sont vécus par l’entourage, familial, social, scolaire comme très difficiles à gérer et sont de ce fait souvent rejetés, punis, mis de côté. Et pourtant, ces enfants sont en quête d’une affection permanente et sont souvent angoissés. A côté des aspects difficiles à gérer au quotidien, l’imagination débordante de ces enfants, leur grande créativité, leur hyperactivité avec plein de projets et leur grand intérêt pour tout ce qui les entoure favorise des échanges d’une grande richesse mais il faut que le contexte s’y prête (calme, ambiance sereine…). »

Là, on commence à toucher le noeud du problème : « Ces enfants sont vécus par l’entourage…comme très difficiles à gérer »« leur grand intérêt pour tout ce qui les entoure favorise des échanges d’une grande richesse mais il faut que le contexte s’y prête… »

J’aimerais qu’on s’arrête un instant sur ces deux caractéristiques :

Premier problème : l’entourage trouve ces enfants difficiles à gérer… C’est la première des problématiques : aujourd’hui, j’ai la sensation que l’école fait preuve de plus en plus d’exigences vis-à-vis des enfants, sous la pression d’un environnement social qui réclame toujours plus de règles, d’interdits, de morale et de sécurité. L’enfant « agité » dérange parce qu’il n’obéit pas à une norme et refuse de se conformer…


Deuxième problème : En réalité, ces enfants sont reconnus comme dotés d’une grande richesse intérieure mais…lorsque le contexte dans lequel ils évoluent est apaisant… Peut-on prétendre aujourd’hui que le contexte dans lequel nous évoluons au quotidien est particulièrement apaisant ? Ces symptômes ne sont-ils pas exacerbés actuellement en raison de nos modes de vie ? Ne ferait-on pas mieux d’entendre ce que ces enfants ont à nous dire sur le malaise profond qui règne dans nos sociétés dites «civilisées» ?

Si l’on en croit certaines recherches menées actuellement, il se pourrait que des liens existent d’autre part entre notre alimentation et le développement de l’hyperactivité. On sait très bien aujourd’hui que la consommation de sucre joue un rôle important dans l’aggravation des symptômes. Mais que sait-on au juste du rôle joué par les pesticides, les additifs alimentaires et toute sorte de produits chimiques que nous ingurgitons au quotidien ?

Heureusement, des voix s’élèvent un peu partout pour interroger le monde sur nos modes de vie… Pourvu que nous sachions les entendre et écouter ce qu’elles ont à nous dire…

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