Quitter l’Education Nationale et retrouver une juste place

Quitter l’Education Nationale après des années n’est ni une décision facile à prendre, ni un parcours aisé. J’en sais quelque chose, moi qui ai décidé de partir au bout de 25 ans, alors que j’approchais la cinquantaine, âge dont nous savons tous parfaitement à quel point il est toujours difficile de retrouver une activité professionnelle pérenne.  Je ne connais aucun enseignant passionné ayant quitté ses fonctions par rejet du métier en lui-même, mais bien en raison d’une institution devenue totalement maltraitante. Je constate qu’elle traverse d’ailleurs actuellement les prémisses d’un véritable effondrement, en raison de toutes les politiques absurdes menées depuis des années, et ne suis pas étonnée d’entendre encore tant d’enseignants désireux de quitter une activité bien loin des valeurs auxquelles ils ont longtemps cru :

« Bonsoir Catherine, je vous contacte aujourd’hui pour une aide un peu particulière. Lors de mes recherches, j’ai eu l’occasion de lire votre témoignage dans le café pédagogique en 2015 et me suis aperçue que j’avais beaucoup de points communs avec vous : professeur des écoles depuis bientôt 20 ans, mon travail me semble désormais dénué de sens et contraire à mes valeurs, je suis en CLM (et en thérapie du coup) depuis deux ans et je sais maintenant que je dois quitter l’Education Nationale pour me retrouver et me sentir vraiment utile et à ma place…/… »

« Je suis professeur des écoles stagiaire dans le Finistère. J’ai derrière moi 10 années de suppléances riches et formatrices, mais depuis deux ou trois ans, je constate que ma passion du métier est dévorée par des conditions et une charge de travail démentielles. Comment continuer à accompagner des élèves sereinement et efficacement ? Alors que ma titularisation arrive au bout d’un véritable parcours du combattant suite à une reconversion professionnelle et que je devrais m’en réjouir, je rêve d’un cadre où je pourrais exercer mes qualités d’enseignante humainement… Bien à vous, »

« Je ne me sens plus du tout en phase avec l’EN depuis un moment parce que les notes nous (enseignants et élèves) brident, les institutions nous infantilisent et la nouvelle réforme nous ligote, quant à la hiérarchie… J’ai envie de liberté et de pouvoir aider sans que mon action de sauvetage ( je suis aussi secouriste) ne soit avortée par des petits chefs ou encore des parents parfois tyranniques. »

« …/…Il s’avère que je suis professeur des écoles depuis 4 ans et que ce métier, bien qu’il me passionne par certaines facettes, me fait beaucoup souffrir. Je ne vois plus mes proches, je suis stressée tout le temps, sous anxiolytiques… Bref, je songe à une reconversion…./… »

« Bonjour je m’excuse d’avance de vous importuner si c’est le cas … Je suis actuellement professeur des ecoles en congé parental et suis censée reprendre à mi temps en septembre mais j’étouffe, je n’en peux plus de l’éducation nationale. Une idee similaire à la vôtre a germé dans mon esprit il y a quelques jours, quand j’ai appris que je devrais reprendre sur une GS CE1 avec des élèves difficiles et des parents tout autant … et que cette nouvelle a fait naître chez moi une boule au ventre qui ne me quitte plus depuis. »

Des messages similaires, j’en ai reçu des dizaines et des dizaines dans ma boîte mail depuis ma démission… Lorsque l’envie m’est venue de quitter l’Education Nationale en 2015 pour me reconvertir en profession libérale, je n’ai jamais soupçonné à quel point nombre de mes collègues enseignants se sentaient tellement en souffrance que je recevrais un jour, autant de coups de téléphone et courriers de leur part, me demandant de les conseiller voire de les accompagner dans leur mobilité professionnelle : je leur en laissais entrevoir la possibilité.

J’ai entendu leur souffrance, leur désarroi, leur désespoir parfois d’être confrontés à une administration sourde, aveugle et muette ou qui fait semblant de l’être. J’ai entendu leur lucidité, leurs paroles emplies d’émotion de devoir quitter un métier la plupart du temps choisi avec enthousiasme. J’ai entendu un certain nombre d’entre eux me dire qu’ils ne voulaient pas quitter l’univers de l’enfance ou de l’éducation, mais qu’ils se détournaient d’une administration devenue pesante, indifférente, glaciale…

Depuis, j’ai eu l’immense bonheur d’accompagner nombre d’entre eux dans leur parcours de reconversion, et de pouvoir leur transmettre ma propre démarche à travers la formation de Praticien(ne) en Orientation Intégrative®. Redonner du sens à leur activité professionnelle, leur permettre d’aller explorer leurs profondeurs pour qu’ils retrouvent une juste place dans le vivant, être dans l’accueil de leur souffrance et les accompagner dans leur propre transformation : autant de raisons qui les amènent à me contacter, avec à l’esprit que mon propre parcours, similaire au leur, m’offre toute légitimité pour les entendre sans jugement.

Dans une société idéale, personne ne devrait fuir une activité pour chercher sa place : chacun devrait l’occuper dès le départ et pouvoir déployer son potentiel en conscience, porté par l’amour, cette énergie-source invisible et créatrice de toute vie. Personnellement, il m’aura fallu sept années après démission pour m’offrir de laisser émerger cette incarnation de mon être que je sens juste pour moi maintenant. J’ai la sensation aujourd’hui d’avoir enfin trouvé cet alignement avec ce que je suis profondément. Plus que de simples accompagnements à “l’orientation”, j’ai conscience de mon intention première qui est d’honorer le vivant, afin de :

  • Contribuer à construire un monde dans lequel accueil, amour, paix et solidarité soient les maîtres-mots et que chacun se sente libre et à sa juste place,
  • Contribuer à ouvrir les consciences sur la nécessité de reprendre le pouvoir sur soi au lieu de le confier à d’autres,
  • Contribuer à reconnecter chacun au sacré de la vie/de la mort afin que cesse ce fonctionnement systémique actuel qui consiste à nous transformer en zombie avant même d’avoir commencé à vivre,
  • Contribuer à offrir des espaces d’expression de soi à qui ressent l’élan de partager à son tour son cheminement pour rayonner son être,
  • Contribuer à redonner toute son énergie à une jeunesse actuellement en souffrance et que nos institutions ont totalement oubliée,
  • Contribuer à favoriser l’exploration de tout ce qui se joue dans l’invisible au coeur de notre intériorité comme au sein de l’univers.

Et surtout, surtout, faire passer le message qu’il n’y a rien de plus merveilleux à incarner, que la conscience d’un vivant en soi, connecté à la nature et au reste du monde… tout ce que l’Education Nationale semble avoir totalement oublié.

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